Lucie Bernardoni: du rêve éveillé à la réalité "paradoxalo-mélancosmiaque", il n'y a qu'un pas

07/06/2011
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© Pascal LAFA
© Pascal LAFA
L'historien moldave Miron Constin affirmait: "Ce n'est pas le temps qui est sous le pouvoir de l'homme, mais l'homme qui est sous le pouvoir du temps." Trois siècles plus tard, le constat de Lucie Bernardoni est le même: "Le temps n'attend pas: c'est un voleur qui prend la fuite". Un axiome autour duquel le parcours de la jeune artiste s'est forgé... au fil du temps.

"Est-ce que j'existe ?" La fillette a six ans lorsqu'elle pose la question à sa grande soeur Magali. Pour la première fois, la petite Lucie met des mots sur une peur existentielle. "Qui suis-je ?..." Même si 18 ans se sont écoulés entres les deux interrogations, la difficulté d'y répondre reste intacte. Lucie sèche. Puis lâche: "Je pense que je ne saurai jamais qui je suis. Ou bien trop tard."

Par moments, elle rit. Beaucoup. L'angoisse profonde redescend alors. Être entourée la rassure. Être aimée la réconforte. Lui montrer la comble. La solitude la pèse. Alors, elle s'affirme. À en devenir impulsive, parfois. Voire survoltée. Mieux canalisée, cette énergie débordante se transforme en hyperactivité: "J'ai besoin d'être toujours en train de faire quelque chose...", concède-t-elle. La plupart du temps, Lucie écrit. Pas étonnant qu'à l'école, la jeune fille présente un bon niveau en français et en littérature !

Née d'un papa batteur devenu maître-glacier et d'une maman comédienne, Lucie Bernardoni revendique très tôt sa liberté: "Sans parler d'éducation laxiste, je n'ai pas vraiment eu de restriction à proprement parler durant mon enfance, ce qui a endigué d'éventuelles bêtises et m'a permis de toujours parler de tout à mes parents, et inversement", constate-t-elle, ajoutant: "Ils souhaitaient juste que je sois contente de ce que j'entreprenais."

Quand, à l'âge de huit ans, Lucie passe sur RMC dans l'émission Julien et les bonimenteurs, le jour de l'anniversaire de Julien Courbet, elle ne manque pas l'occasion de le souhaiter à l'animateur en chanson. Et ce dernier de l'inviter en retour pour co-animer l'émission avec lui la semaine suivante. "C'est un de mes plus beaux souvenirs jusqu'à présent", avoue Lucie.

À douze ans, elle tombe sur une annonce dans le magazine Télépoche: "Buena Vista Home Entertainment recherchait la voix de "La Petite Sirène 2: Retour à l'océan". Bien qu'arrivée finaliste, je n'ai pas été retenue..." Premier échec. Le premier est souvent le plus formateur, dit-on. Lucie apprendra à ne jamais se décourager. En 2001, deux jours avant ses 14 ans, elle participe à Graines de star, diffusée sur M6. Dans la foulée, Buena Vista Home Entertainment la recontacte pour prêter sa voix chantée à un personnage d'Annie et les orphelines. Premier contrat professionnel. La machine est lancée.

Les premières s'enchainent en 2002. Lucie Doni (nom de scène d'antan) sort son premier single, Je suis mes pas (Atoll Music), dont le clip est réalisé par Fabrice Begotti: "Un titre très intime", se souvient Lucie.

L'étudiante est bosseuse et assidue. 02 septembre 2004: rentrée des classes. Le matin, au lycée, elle découvre son planning de l'année scolaire. L'après-midi même, on lui apprend qu'elle est retenue pour la Star Academy, diffusée sur TF1. Ses études sont terminées. De ces quatre mois d'enfermement au château de Dammarie-lès-Lys -suivis d'une tournée dans toute la France-, Lucie Bernardoni n'en retient que du positif aujourd'hui, mais il lui a fallu du temps et du recul pour en convenir. Un point sur lequel elle est catégorique: "En 2011, je n'y retournerais pas. Je sais comment ça s'est passé... La télé-réalité a pris le dessus sur la musique: le voyeurisme me dérangeait." Les prime, les rencontres artistiques et les moments partagés avec ses camarades d'alors restent néanmoins des souvenirs mémorables: "J'ai rencontré des personnes magnifiques qui ont changé ma vie, ai vécu des expériences uniques en compagnie d'artistes avec qui je ne rechanterai sûrement jamais", souligne Lucie. La jeune artiste dénonce désormais ouvertement le discrédit supporté par les anciens candidats de l'émission: "La vision du public est altérée: on a une "étiquette". Tout le monde le dit, mais c'est une réalité. En sortant d'une émission comme celle-ci, on est censé ne plus avoir aucun talent. Pour ma part, je n'ai pas fait le tour des boîtes pour me pavaner sur les podiums, j'ai fait de la musique." Elle conclut:: "Il ne faut pas faire croire aux jeunes qu'une émission fait une carrière: une carrière, ça se construit au fil des années. Mais la télé-réalité tue notre métier..."

Au sein de la Star Academy, Lucie Bernardoni côtoiera Grégory Lemarchal, emporté par la mucoviscidose en avril 2007: "J'ai encore du mal à en parler aujourd'hui... C'est quelqu'un que j'aimais beaucoup et que j'aimerai toujours... Je retiens qu'il n'est plus là, que l'on peut parler de lui alors que lui non... Mais ce que je retiens avant tout, c'est que pour lui, c'était "maintenant ou jamais", et il s'est donné les moyens de réaliser son rêve en faisant preuve d'un immense courage. Ce qui en a donné aux autres patients atteints de la maladie. Et ça, c'est très respectable."

La machine s'accélère pour Lucie en 2005, avec la sortie de deux nouveaux singles, Apprends-nous à rêver et Aux Portes de l'hiver, ainsi qu'un duo avec Mathieu Johann, son compère de la "Star'Ac", sur Petit rap, petit loup. Elle prêtera par ailleurs sa voix à une jument dans le film Zig-Zag, aux côtés de... Grégory Lemarchal.

L'année suivante, Lucie décide de s'entourer de personnes aux influences artistiques différentes, reconnues dans le milieu. Et continue d'écrire. Beaucoup. Elle teste ses premiers titres jazzy au Sentier des Halles, en février 2008, lors d'une série de trois concerts qui affichent complet. L'accueil est bon: "J'étais tellement contente... Je le dois aussi aux musiciens qui m'ont quelque peu crédibilisée dans le métier. Une base à partir de laquelle j'ai pu évoluer", affirme Lucie. Un socle confortable.

Les retombées du public sont positives, donc. C'est une des raisons qui la poussent définitivement à s'inscrire sur Akamusic, site communautaire qui offre la possibilité aux artistes de faire produire leur album ou leur single par les internautes, à l'image de My Major Company. Lucie parvient, contre toute attente, à réunir 50 000 € en seize jours. 602 producteurs ont cru instinctivement en son talent certain. Le record du site.

En février dernier, Lucie Bernardoni sort son premier album, Mélancosmiaque, "un pays imaginaire où se mêlent démons et merveilles, rétro et modernité, ballades et courses poursuites." Un album faits d'ambivalences, qui se veut être le reflet de la personnalité de Lucie: "J'ai un côté paradoxal: j'ai beaucoup d'ambitions, mais en même temps, j'ai une certaine part de timidité -et je l'aurai toujours- qui m'empêche de marcher sur les autres pour réussir. De même, je peux rire d'une chose, et pleurer en même temps pour une autre !...", précise-t-elle. Le choix du titre ? "C'est Magali qui l'a trouvé ! Il y a cinq ans déjà... En lui demandant de me définir, elle m'a répondu que j'étais toujours mélancolique, et insomniaque. Mais pour moi, comme disait Victor Hugo, "La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste". Et depuis les quatre mois passés à la "Star'Ac", j'ai toujours eu du mal à dormir... C'est alors qu'elle m'a dit que j'étais "mélancosmiaque" !" Le soir-même, j'écrivais un texte de type slam: celui qui démarre l'album."

Après la sortie de Faut d'tout pour faire un monde en juin 2010, Lucie Bernardoni a fait le choix, en novembre dernier, d'apparaître nue aux côtés du mannequin Kévin Meffre dans le clip de Juste mon homme: "J'avais envie d'évoluer et de m'affirmer en tant que femme", glisse-t-elle, avant d'ajouter: "On savait que le clip ferait parler, mais on ne l'a pas fait pour le buzz: juste parce que j'en avais envie." Mais le buzz est fait: plus de 400 000 vues sur l'ensemble des sites de partage de vidéos ! Et une citation d'Honoré de Balzac qui ne passe pas inaperçue, en début de clip: "Parler d'amour, c'est faire l'amour."

"Faites l'amour, pas la guerre !" Le slogan hippie antiguerre a pour but de libérer les moeurs... À partir du 17 juin prochain, Lucie Bernardoni (dans le rôle de Sheila) et ses vingt acolytes le scanderont quatre fois par semaine sur la scène du Palace dans Hair. Un show tout en couleurs et un vrai saut dans les années 70 pour cette version proche musicalement de l'originale avec Julien Clerc. À noter que dans cette production, le message porté va au-delà de la lutte contre la guerre, puisque 30% des bénéfices sont reversés au Sidaction.

Lucie Bernardoni a mûri. Elle est et se sent plus libérée aujourd'hui. En novembre prochain, la jeune femme posera à nouveau ses valises au Sentier des Halles, comme en 2008, avant de partir en tournée dans plusieurs villes de France. Alors que l'écriture de son deuxième album est déjà lancée, Lucie envisagerait sérieusement de se remettre au piano... Afin que celui-ci l'accompagne sur scène. Jamais seule... Dans Ma Vie, Charlie Chaplin affirme que "l'esprit d'improvisation est un défi au sens créateur". Avec son groupe belge ImproSession, Lucie a pu en user par le passé comme elle parle aujourd'hui. Avec une aisance déconcertante. À croire que chez les Bernardoni, la créativité, c'est de famille...

"Je rêve à la vie d'artiste", l'entend-on chanter dans La Poupée Cabriole. Il semblerait qu'entre rêve et réalité, comme le disait Greg, "il n'y a qu'un pas". Alors roule, Lucie, lance-toi dans cette nouvelle vie, accélère, entête-toi, roule, roule... La santé fera de même. Il n'est plus question de destin, Lucie... Le reste, Rien de grave. C'est Justine Lévy qui le dit.



1.Posté par Yann le 27/06/2011 09:41
Merci pour ce chouette article!

Yann - Akamusic

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